L’amotivation : cause ou symptôme ?
Le dernier module de formation avec les futurs praticiens TOP, ainsi que de récents échanges ont fait naître en moi une réflexion, ou peut-être simplement un nouvel angle d’attaque sur ce grand sujet qu’est la motivation.
Nous percevons souvent la motivation comme une ressource : on l’a ou on ne l’a pas.
Et si on ne l’a pas, il suffirait de dire : « Allez, motive-toi ! » pour que, par magie, elle revienne et nous permette de passer à l’action.
Mais si nous changions de perspective ?
Plutôt que de voir l’absence de motivation, comme la cause de notre manque d’action, si nous la regardions comme un symptôme ?
Le symptôme d’une défaillance dans le processus qui entrave ou freine le passage à l’action.
Si l’on ramène cela au processus motivationnel de Lévy-Leboyer, on pourrait déceler un blocage dans un des rouages du processus.

Et plutôt que chercher à nous mettre en action avec « un grand coup de pied au cul », nous pouvons rechercher, tel un détective, à comprendre où se situe le blocage ?
Étape 1 : accepter un objectif
Cela paraît évident : sans avoir accepté un objectif, il va être difficile de trouver l’énergie nécessaire pour l’atteindre et surtout l’entretenir dans la durée.
Cela coule de source pour les objectifs imposés qui entrent en conflit avec nos valeurs.
Si je rajoute, en plus, peu d’autonomie pour agir, il y a de fortes chances que je subisse cet objectif et qu’il me demande de gros efforts.
Cependant, je peux aussi trouver de l’énergie dès lors que j’y trouve du sens et que j’accepte, malgré les contraintes, d’avancer.
Parfois, la recherche de sens peut sembler tirée par les cheveux. Mais elle peut permettre, à plus ou moins long terme, de développer suffisamment d’énergie pour tenir.
Cela me replonge dans une mission en opération où j’étais en perte de sens, en conflit de valeurs avec la mission provoquant une fatigue profonde.
Ce qui m’a permis de tenir, de travailler et de continuer à être performante dans mon travail de renseignement, c’est de me dire que, dans les centaines de milliers d’heure passées à écouter des communications, il y en avait peut-être une qui pouvait sauver la vie de camarades sur le terrain.
Et cette pensée m’a permis d’aller bien au-delà des capacités de travail et d’abnégation que je pensais avoir.
Malgré un objectif imposé, presque subi, j’en avais trouvé un, en changeant de prisme, qui me motivait.
Alors, mon manque de motivation de départ était-il vraiment le problème… ou le signal que je ne m’étais pas approprié l’objectif fixé et que, finalement, je ne l’avais pas accepté ?
Mais avant même de se questionner sur l’acceptation d’un objectif il y a une étape essentielle … LE POSER.
Le poser et le conscientiser !
Qui parmi nous s’est déjà retrouvé avec une motivation proche du néant pour une activité sans même avoir défini son objectif ?
Le fameux « Pfff, j’ai la flemme de faire du sport », sans objectif sportif précis.
Pour pouvoir accepter un objectif, encore faut-il l’avoir clairement posé.
Étape 2 : se sentir capable d’atteindre son objectif
Le sentiment de compétence est fortement en jeu dans cette étape.
Si je n’ai pas les ressources en moi pour réussir, ou plus subtilement, si je pense ne pas avoir les ressources nécessaires, il va être difficile de mobiliser mon énergie pour atteindre un but que je ne me sens pas capable d’atteindre.
Je vais peut-être me démotiver avant même d’essayer.
Mais zoomons encore, parfois mes propres ressources peuvent ne pas suffire, surtout sur un objectif à long terme.
Prenons l’exemple d’un sportif.
Si je ne reçois aucune considération de mon entourage ou de ma structure pour porter mon ambition, et que moi-même je doute de mes capacités, comment maintenir ma motivation dans la durée ?
Il serait illusoire de croire que le doute n’arrivera jamais.
Tout comme il est illusoire de penser que la motivation doit être toujours intrinsèque et autodéterminée.
Tout comme un grand coup de pied au cul nous permet parfois de prendre de l’élan et d’avancer, un soutien de l’entourage et un environnement sportif qui accompagne vers la performance peuvent aider à mieux traverser ces phases de doute et à maintenir les ressources qui permettent de se sentir capable et de réellement l’être.
Parce que la motivation n’est pas seulement une affaire de volonté individuelle.
Notre environnement peut soutenir notre mise en mouvement… ou, au contraire, la freiner.
Dans certaines situations, être pris par la main pour avancer peut être bien plus bénéfique qu’un grand coup de pied là ou vous savez.
Alors, est-ce vraiment un manque de motivation, ou est-ce que je n’ai pas ou ne perçois pas mes ressources pour y arriver ?
Étape 3 : connaître les résultats en retour
Si j’avance sans savoir ce que cette énergie de mise en mouvement va m’apporter, cette énergie va émerger difficilement .
Prenons l’exemple d’un étudiant qui travaille pour obtenir ses partiels sans avoir aucune idée de ce que va lui apporter sa licence.
Quel métier ? Quelles opportunités ? Quelle suite ?
Pour certains, dont la motivation est fortement stimulée par le besoin d’accomplissement, l’obtention d’un diplôme peut suffire à développer une motivation autodéterminée.
Mais pour ceux qui sont davantage stimulés par la connaissance et qui ont la sensation de ne rien apprendre d’utile, ou encore pour ceux qui sont davantage motivés par le plaisir et qui n’aiment ni le système universitaire ni leur environnement d’apprentissage, le résultat sera bien différent en termes d’engagement.
Alors, est-ce vraiment un manque de motivation, ou est-ce que je ne vois pas ce que mes efforts vont m’apporter ?
Étape 4 : passer de l’intention à l’action
C’est ici que nous pourrions déceler facilement le blocage.
Et proposer de résoudre ce passage avec le fameux grand coup de pied ou vous savez pour se mettre en action.
Et parfois, cela peut être bénéfique, bien sûr. Mais pas toujours.
Car si nous avons un objectif qui ne fait pas sens, si nous ne nous sentons pas capables de l’atteindre ou si nous ne savons pas ce que nos efforts vont nous apporter, se forcer à agir peut fonctionner un temps.
Mais combien de temps ? Et à quel prix ?
C’est peut-être justement là que la question de l’amotivation prend une autre dimension.
Plutôt que de simplement constater : « Je ne suis pas motivé. »
Peut-être pouvons-nous nous demander : « Qu’est-ce qui, dans mon processus, freine aujourd’hui mon passage à l’action ? »
Et si besoin, revenir aux étapes 1 à 3.
Étape 5 : prendre les informations en cours de route
Une fois l’étape 4 amorcée, je suis dans l’action.
Et dans le mouvement, les choses changent et évoluent.
Pour rester motivé, je dois prendre en compte les éléments rencontrés, observer ma progression et m’adapter si besoin.
La poursuite d’un objectif ressemble finalement à une course d’orientation.
Entre la carte en deux dimensions et la réalité du terrain, il y a toujours des surprises.
Le chemin prévu n’est pas forcément celui que je vais réellement emprunter.
Un obstacle peut apparaître.
Une difficulté peut modifier ma trajectoire.
Une opportunité peut m’emmener ailleurs.
Et parfois, ce n’est pas l’objectif qui doit changer, mais simplement le chemin pour l’atteindre.
Alors, est-ce que je me démotive au premier accroc, ou est-ce que les épreuves renforcent ma motivation ?
Étape 6 : confirmer ou réviser son objectif
Et notre sixième et dernière étape boucle la boucle avant qu’elle ne recommence.
Car notre objectif est aussi vivant et vibrant que nous le sommes.
Ce que je voulais hier n’est pas forcément ce que je veux aujourd’hui.
Ce que je pensais être capable de faire peut évoluer.
Mes priorités peuvent changer.
Mon environnement peut changer.
Moi aussi, je change.
Réviser ne veut d’ailleurs pas forcément dire revoir à la baisse.
Cela peut aussi vouloir dire aller plus haut, plus loin, plus fort.
Changer un objectif n’est donc pas nécessairement renoncer.
Cela peut être ajuster.
Réorienter.
Voir plus grand.
Ou simplement reconnaître que le chemin parcouru nous a permis de mieux comprendre ce que nous voulons réellement.
Donc le problème est-il réellement le manque de motivation ?
C’est la question que je pose aujourd’hui.
Lorsque nous décelons le : « Je manque de motivation », telle une fatalité abstraite, nous pouvons subir ou décider de mener l’enquête tel un détective :
Qu’est-ce qui, dans mon processus, freine actuellement mon passage à l’action ?
Est-ce que je sais où je vais ?
Est-ce que je trouve du sens à ce que je fais ?
Est-ce que je me sens capable ?
Est-ce que j’ai réellement défini et accepté mon objectif ?
Est-ce que je vois le résultat de mes actions ?
Est-ce que je prends en compte les informations que la réalité m’envoie ?
Peut-être qu’avant de chercher à retrouver la motivation, il serait intéressant de chercher ce qui l’empêche d’émerger.
Parce que si l’amotivation est un symptôme, alors vouloir simplement la faire disparaître revient parfois à vouloir faire baisser la fièvre sans chercher à comprendre ce qui la provoque.
Et c’est là que la préparation mentale peut prendre tout son sens.
Non pas pour apprendre à se mettre un coup de pied au cul à chaque fois que l’on n’avance plus. Bien que, parfois, elle puisse aussi le faire…
Mais pour apprendre à observer son propre fonctionnement, identifier ce qui bloque, trouver les leviers d’action et reprendre le contrôle sur ce qui dépend de soi.
Et parfois, retrouver de la motivation commence simplement par là : retrouver une capacité d’agir là où nous pensions ne plus en avoir.
Au final, la motivation n’est pas quelque chose que l’on possède ou que l’on perd.
Elle est le résultat d’un processus que nous pouvons comprendre, ajuster et remettre en mouvement.
Alors, plutôt que de chercher votre motivation, commencez par chercher les leviers sur lesquels vous avez encore du pouvoir.
Aude
